Les groupes prioritaires, ça donne quoi ?

L’expérience nous le démontre: la prévention donne des résultats tangibles dans tous les milieux de travail où s’activent un comité paritaire de santé-sécurité et des représentants à la prévention libérés pour faire ce travail.

Les seules statistiques concernant le secteur minier québécois (groupe prioritaire I) sont éloquentes: entre 1987 et 1999, le nombre d’accidents indemnisés est passé de 1 447 à 375; le nombre d’assignations temporaires a chuté de 1 326 à 796. Dans l’ensemble de l’industrie minière, cela équivaut à une diminution de 50 % de la fréquence !1

Dans les groupes non réglementés, on dénote des progrès appréciables là où les syndicats ont réussi à négocier une présence syndicale au sein des comités de santé-sécurité et ne serait-ce que quelques heures de libération par semaine pour faire de la prévention.

Pourquoi pas PARTOUT ?

Parallèlement, les lésions professionnelles continuent de faire des ravages dans de nombreux secteurs. Par exemple, le poste de préposé aux bénéficiaires des hôpitaux est reconnu par la CSST et par de nombreuses études comme une catégorie d’emploi où on retrouve un nombre élevé de maux de dos. Dans la construction, un secteur à très haute fréquence d’accidents et où survient le plus grand nombre de décès au travail, la prévention se résume souvent à porter des bottes, un chapeau et des lunettes de sécurité. Sauf pour les chantiers de grande importance, parler de représentant à la prévention ou d’organisation du travail sécuritaire au comité de chantier, c’est encore tabou.

La santé mentale est devenue un problème majeur chez les personnes oeuvrant dans l’enseignement, dans le secteur de la santé et des services sociaux et aussi dans de nombreuses industries privées. Les gestes d’agressivité et de violence sont en nette progression tandis que perdure un climat général d’insécurité lié aux compressions budgétaires, aux réformes gouvernementales des dernières années, aux réorganisations du travail et aux mises à pied massives.

Dans le secteur de la bonneterie et de l’habillement, où les femmes sont en majorité, la CSST a accepté, en 1999, 1 746 réclamations d’accidents et 290 pour maladies ou lésions professionnelles, ainsi que 805 demandes de retrait préventif dans le cadre du programme Pour une maternité sans danger.2

Dans l’industrie de l’environnement, les travailleurs manipulent quotidiennement des matières hautement dangereuses : hydrocarbures, produits chimiques, résidus industriels, etc. On y compte pas moins de dix morts en plus de nombreux accidents graves au cours des cinq dernières années.

Dans le secteur agro-alimentaire, les travailleuses et les travailleurs font face à de nombreux problèmes reliés aux mouvements répétitifs ; dans celui de l’hôtellerie, à des problèmes d’agression, de chutes et de maux de dos ; dans le secteur municipal, à des situations comportant des risques biologiques, à des maux de dos, etc.

En outre, 73 % des lésions professionnelles acceptées par la CSST en 1999, soit 101 437 sur 138 627, se retrouvent là où le comité de santé-sécurité et le représentant à la prévention ne sont pas obligatoires.3

Qu’attend donc le gouvernement ? Les secteurs réglementés ne couvrent encore que 13,6 % des travailleurs et des travailleuses, vingt ans après l’adoption de la loi, malgré les demandes répétées du mouvement syndical.


1. Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur minier, Deux partenaires, une vision: rapport annuel 1999, p.14.
2. Commission de la santé et de la sécurité du travail, Rapport annuel d’activité 1999, p.69.
3. Idem, p.71.