Le grand dérangement

Source : Le Monde ouvrier, numéro 88 / Septembre-octobre 2010

Les recherches traitant des effets néfastes du travail en rotation de quart et des horaires prolongés sont nombreuses et en arrivent toutes à la même conclusion. Les effets sur la santé tant physique que mentale sont indéniables et les problèmes de sécurité reliés à la tâche à effectuer sont en hausse.

Risques à la santé physique
Les conséquences sur la santé physique se manifestent particulièrement par des troubles gastro-intestinaux, cardiovasculaires, du sommeil et une perturbation considérable des rythmes circadiens. En effet, les rythmes circadiens ont, entre autres fonctions, la régulation de certaines hormones en réponse aux changements de luminosité (clarté/noirceur) sur un cycle de 24 heures. Ainsi, le niveau de mélatonine – hormone connue comme ayant des effets anti-cancérogènes – s’élève la nuit chez tous les mammifères incluant les humains. Une étude effectuée sur des animaux a démontré que tout changement brusque aux rythmes circadiens, causé par une exposition à la lumière la nuit ou par un déplacement de la période d’exposition, viendra compromettre les effets bénéfiques de cette hormone et ainsi augmenter les risques de développer un cancer.

Risques à la santé psychologique
Les impacts sur la santé psychologique surviennent de manière plus insidieuse. En plus de créer un isolement social, le travail en rotation de quart ou à horaire prolongé entraîne une réduction de la durée du sommeil de une à trois heures par jour et, par ricochet, de la fatigue, de l’irritabilité et des problèmes de concentration.

Risques à la sécurité
La hausse des risques à la sécurité est clairement démontrée dans une récente étude ontarienne. Les chercheurs ontariens affirment que de 6 % à 7 % des accidents du travail indemnisables sont attribuables aux risques associés aux horaires de travail en rotation. Ils estiment, selon ces pourcentages, que plus de 30 000 accidents par année ont pour cause le travail en rotation. En conclusion, la question à se poser est : a-t-on vraiment besoin d’adopter des horaires de travail qui sont nuisibles à notre santé et à notre sécurité? Bien qu’indispensable dans certains secteurs d’activité, le travail en rotation de quart ou à horaire prolongé est une cause connue de lésion professionnelle. Encore une fois, c’est à la source que l’on doit agir.

« L’homme est de plus en plus malade du temps.
Malade de s’imposer des horaires d’activité et de repos contre nature.
Malade de vivre sans tenir compte de son horloge interne.
De ne pas tenir compte de la Grande Horloge de la Nature. »