Le côté noir des emplois verts

Source : Le Monde ouvrier, numéro 97 / Mai-juin 2012

Nous serions tentés de penser que les emplois de l’économie verte sont des emplois qui ne comportent pas de risques pour les personnes qui les occupent. La réalité est tout autre. Bien que ces emplois aient un effet bénéfique pour l’environnement, on ne peut automatiquement en dire autant du point de vue de la santé et de la sécurité du travail. On n’a qu’à penser au recyclage : il ne fait aucun doute que c’est bon pour l’environnement, mais ceux et celles qui s’en occupent sont exposés à des substances dangereuses, des agents pathogènes et autres dangers. Dans le cas du recyclage des déchets électroniques, la situation est encore pire.

Une grande partie des opérations est effectuée dans des pays en voie de développement, où les normes de sécurité sont souvent inexistantes ou peu respectées. Pour ce qui est de la production de biens dits « verts », c’est le même constat. Au Danemark, deux rapports d’inspection du travail soulignent les lacunes du plus grand fabricant de pales d’éoliennes au monde. Les résines de polymère utilisées pour fabriquer ces pales contiennent de 25 à 50% de styrène, un cancérogène suspecté par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les travailleurs malades se plaignent de problèmes respiratoires, de pertes de mémoire, de diarrhées et d’autres symptômes. Entre 2000 et 2010, les services d’inspection danois sont intervenus 52 fois chez ce fabricant – qui a des installations au Canada – et 323 plaintes ont été déposées à l’organisme en lien avec les maladies professionnelles.

Le remplacement de produits nocifs pour l’environnement par des produits plus « verts » pose aussi parfois problème pour les travailleurs et les travailleuses. Par exemple, la substitution de certaines familles de solvants
par d’autres moins nocifs pour l’environnement a l’effet pervers d’accroître les risques de lésions hépatiques ou
rénales.

Nous sommes donc confrontés à un double défi: celui de protéger l’environnement, tout en s’assurant de le faire dans le respect du droit fondamental de travailler, sans y laisser sa vie.Le Bureau international du travail (BIT) a publié le 28 avril dernier, un document qui a pour titre Promouvoir la sécurité et la santé dans une économie verte, qu’on peut trouver facilement via Google.