Le bruit fait plus que rendre sourd!

Source : Le Monde ouvrier, numéro 75 / Janvier-février 2008

C’est dans le cadre des Journées annuelles en santé publique (JASP) qu’ont été dévoilés les résultats pour le moins inquiétants de recherches portant sur les conséquences autres que la perte d’audition lors d’une exposition au bruit. En effet, des chercheurs de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) se sont penchés sur des données de la CSST. Ils ont démontré qu’une exposition au bruit augmente considérablement les risques d’accidents de travail, parfois même mortels, et entraîne une diminution de revenus des personnes atteintes de perte auditive.

Plusieurs des effets dévastateurs de la surdité et de l’exposition au bruit dans les milieux de travail sont déjà connus : difficultés de communication, troubles digestifs, dépression, isolement. Mais voilà qu’on apprend que le simple respect, sans tambour ni trompette, de la norme prévue au Règlement sur la santé et la sécurité du travail entraînerait une baisse de 12 % des accidents. Quand on sait que, chaque année, environ 134 000 accidents de travail se produisent, le calcul est fort simple : on éliminerait à la source les causes de plus de 16 000 accidents.Une deuxième étude, basée sur 788 rapports d’enquête d’accidents de travail mortels survenus entre 1990 et 2005, a démontré que dans 2,3 % d’entre eux, le bruit est une des causes retenues. Avec une moyenne annuelle de 109 décès accidentels au Québec, ce sont 2,6 mortalités qui pourraient être évitées par année.

Une troisième étude conclut que les personnes souffrant d’une perte auditive voient leurs revenus affectés de façon importante. La probabilité de se retrouver au chômage ou inactifs au sein du marché du travail croît de 21 % chez ces individus. Pour celles qui sont en emploi, la moyenne de leur perte de revenus annuels est supérieure à 9 000 $. Si l’on multiplie ce chiffre, en tenant compte de 15 années de vie active au travail, le résultat est une perte de 135 000 $ par personne. Si on poursuit la réflexion en appliquant les données de la CSST relatives à toutes les personnes reconnues victimes de surdité professionnelle, soit 1 832 nouveaux cas en 2002 seulement, c’est la valse des millions qui débute.

Notons que les données de base de ces études ne tiennent compte que des cas reconnus par la CSST. Toutefois, nous savons que plusieurs personnes ne font pas de réclamation pour atteinte auditive, ce qui amenuise les résultats des études.

La norme actuelle est en vigueur depuis 1972. Depuis cette date, combien de décès sont survenus parce qu’on ne la respecte pas? Combien de personnes subissent les conséquences d’une exposition à des bruits excessifs? La notion de surdité professionnelle est pourtant reconnue dans la législation québécoise depuis 1962. C’est révoltant que des travailleuses et des travailleurs québécois meurent, encore en 2008, parce qu’une norme d’exposition maximale au bruit, même si elle est désuète, n’est pas appliquée.

Encore une fois, force est de constater que le régime d’indemnisation prévu à la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (LATMP) ne peut réparer toutes les conséquences vécues par ces victimes de lésions professionnelles. C’est pourquoi notre travail de prévention est si important et que l’élimination à la source est l’unique solution durable. Vous pouvez consulter ces études sur le site des JASP : www.inspq.qc.ca/jasp