La langue qui tue

Source : Le Monde ouvrier, numéro 92 / Mai-juin 2011

Tout le monde a déjà vu des mises en garde de sécurité ou des guides d’instruction traduits en français, qui semblent avoir été rédigés sur Mars par un Vénusien originaire de Jupiter. Un mot mal choisi qui peut avoir un double sens, une expression traduite mot à mot et qui perd tout son sens et même un texte totalement incompréhensible. La lecture de ces documents déclenche rires et questionnements. Mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit d’instructions visant la santé et la sécurité du travail?

Le phénomène de la mondialisation fait en sorte que l’on retrouve fréquemment ce genre de texte dans nos milieux de travail. Qu’il s’agisse de consignes expliquant la méthode à utiliser pour effectuer la tâche ou de mises en garde sur les dangers associés à sa réalisation, si elles ne sont pas claires, cela vient créer de nouveaux risques qu’il aurait été facile d’éliminer.

La langue anglaise occupe beaucoup de place dans le monde du travail. Lorsque les documents proviennent de la « maison mère », il est fréquent qu’aucune traduction des documents ne soit disponible et lorsqu’elle l’est, la qualité de celle-ci laisse souvent à désirer. Cette situation est présente partout dans le monde, entre autres parce que certaines organisations, soit par ignorance ou par paresse, se comportent comme si l’anglais était le langage universel parlé, écrit et compris par toute la population du globe.

Plusieurs accidents, certains mortels, causés directement par une mauvaise compréhension des directives ou des mises en garde, sont rapportés chaque année. Les travailleurs immigrants sont particulièrement à risque parce que pour eux l’anglais est une troisième langue.

À la lecture de ces faits, on peut constater l’importance d’avoir une langue commune au travail. Au Québec, c’est en 1977 que le français a été décrété langue du travail. Continuons de réclamer la francisation de nos milieux de travail. Il y va entre autres de notre santé et de notre sécurité.